Publié le 9 mars 2009

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NAISSANCE DU RASTAFARISME

Dans les ann ?es 20, la Jama ?que est en proie ? une crise ?conomique dont elle ne se remettra jamais vraiment ; les premiers ? en faire les frais sont bien ?videmment les Noirs, dont la plupart sont les descendants des esclaves import ?s dAfrique presque 400 ans auparavant. Dans ce syst ?me colonial sous contr ?le de lempire Britannique, les Noirs nont que les yeux pour pleurer ; la dignit ? est un luxe, largent une chim ?re. La r ?alit ? est faite de racisme, de pauvret ?, de pers ?cutions.

Un homme gu ?re plus lettr ?, ni mieux loti que les autres se distingue pourtant de la masse par sa d ?termination et son engagement. Il sappelle
Marcus Mosiah Garvey. Dabord syndicaliste, puis ?diteur de son propre journal exclusivement r ?serv ? aux Noirs, Garvey se r ?v ?le ?tre un formidable orateur.

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Il fonde lU.N.I.A., un mouvement pour le progr ?s du peuple noir.

A force de meetings, de pr ?ches et de propagande pro-africaine, Garvey rassemble des centaines de milliers dhommes et de femmes d ?sireux de faire enfin valoir leurs droits aupr ?s dun syst ?me contr ?l ? par les Blancs.

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En Am ?rique, o ?? se situe le plus gros de sa client ?le, Garvey fonde la Black Star Line, compagnie de transport maritime, avec laquelle il esp ?re bien mener ? bien son grand projet : organiser le retour de son peuple en Afrique, terre des origines. Il rencontre les dirigeants du Ku Klux Klan avec lesquels il n ?gocie son affaire.

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Marcus Garvey est le pr ?curseur des leaders noirs Malcom X et Martin Luther King et comme eux, il est victime tout au long de sa vie de la haine et de lincompr ?hension. Jug ? puis condamn ? pour une histoire de fraude fiscale (initi ?e par un autre militant noir anti-esclavagiste, W.E.B. Dubois), Garvey est emprisonn ?. Une fois lib ?r ? il retourne en Jama ?que o ?? il continue son activit ? militante.

Un dimanche matin, il lance une proph ?tie qui intrigue tous les fid ?les pr ?sents :

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"Regardez vers lAfrique, o ?? un roi noir va ?tre couronn ?, car le jour de la d ?livrance est proche"

Quelques temps plus tard, il sexile en Angleterre, o ?? il mourra dune pneumonie, sans avoir jamais mis les pieds en Afrique.

NAISSANCE DE RAS TAFARI

En 1930, un r ?gent dune province tribale, prince de son ?tat, h ?rite du tr ?ne de lEmpire ?thiopien.

Le Ras Tafari Makonnen, petit neveu du grand M ?n ?lik II, 225 ?me descendant dune lign ?e qui remonte au Roi Salomon devient Ha ?l ? S ?lassi ? Ier, Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, Lion Conqu ?rant de la Tribu de Jud ?e.

Pour les Garveyites, cela ne fait plus aucun doute. S ?lassi ? est le roi noir annonc ? par la proph ?tie.

Leonard Howell est un Noir jama ?cain adepte de la pens ?e de Garvey, qui va pousser le raisonnement un peu plus loin.

Il ?tudie la Bible pendant trois ans, et ses conclusions sont sans appel : Ha ?l ? S ?lassi ? est le messie, le Christ qui revient comme lannoncent les textes (notamment ceux de lApocalypse de Saint-Jean).

En effet, la Bible mentionne que le Christ reviendra apr ?s environ deux mille ans et qu ? son retour il sera le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs, Lion Conqu ?rant de la Tribu de Jud ?e.

Une chose en entra ?nant une autre, dautres recherches d ?montrent quune partie de la Bible a ?t ? transform ?e au profit de lhomme blanc ; dailleurs, de nombreuses ?tudes scientifiques tendent d ?sormais ? prouver que vu lendroit et l ?poque, les principaux personnages bibliques, dont le Christ, ?taient probablement de couleur.

Par le biais de raisonnements en cascade, la pens ?e Rasta s ?labore. Les principaux postulats de cette nouvelle ?vidence sont les suivants :

Ha ?l ? S ?lassi ? est Dieu (JAH, par contraction de J ?hovah) ;

les Noirs revivent lhistoire des Juifs en Egypte (400 ans desclavage, sur une terre qui n ?tait pas la leur) ; le salut du peuple noir se trouve dans son rapatriement vers lEthiopie, au sens ?tymologique du mot (la terre des faces noires).

D ?s lors, de nombreux Noirs jama ?cains dont beaucoup dadeptes de Garvey adoptent cette nouvelle croyance et se donnent eux-m ?mes le nom de Rastafari, du nom civil de S ?lassi ?.

Les Rastas sont en rupture totale avec le syst ?me, qui (re)devient Babylone, la cit ? de la perversion et du mal.

Les Rastas sinstallent dabord dans les collines, ? l ?cart de tout et vivent en totale autarcie. Suivant les recommandations du L ?vitique, ils ne se rasent plus, ne se peignent plus et ne se coupent plus les cheveux. Cest ainsi quils h ?ritent de leurs l ?gendaires dreadlocks.

Ils ne mangent plus de viande, et fument "les feuilles de larbre de vie qui sert ? la gu ?rison des nations", autrement dit, la Ganja, en attendant le jour du retour vers Zion, soit la terre promise africaine.

Mais les Rastas sont vite pers ?cut ?s ? leur tour.

La police br ?le les champs de Ganja, coupe les nattes des adeptes et leur fait subir toutes les humiliations possibles.

De fait, les Rastas se dispersent. Beaucoup ?migrent vers les villes, o ?? ils se retrouvent cantonn ?s dans les ghettos : Trenchtown, Back OWall, Dungle, Rema...

Les Rastamen sont pacifistes, sages, vivent dans lamour de leurs prochains et dans le respect des lois divines.

Cest en se mariant avec la musique Reggae que le rastafarisme se fera conna ?tre du monde entier, proposant alors aux populations en mal de justice et de dignit ?, une vision positive et enthousiaste de lavenir. Car de fils desclaves, les Rastas deviennent des fils de Roi.

Rasta nest pas une religion.

Une religion existe au sein dune structure hi ?rarchis ?e (des chefs), dune structure mat ?rielle (?glise, temple ou autre) et de proc ?dures (rites, pri ?res, offices etc...). Le rastafarisme est dans ce sens une anarchie totale, sans la moindre ?bauche dorganisation, sans chef (au mieux, quelques a ?n ?s font autorit ?), o ?? rien na ?t ? ?tabli. Le mouvement abrite en son sein diff ?rentes branches, s ?par ?es par de subtiles diff ?rences, allant des plus libres aux plus rigoureuses, comme le groupe appel ? "les douze tribus dIsrael" et dont lun des plus c ?l ?bres adeptes ?tait Bob Marley. Lorsque lon annon ?a la mort dHa ?l ? S ?lassi ? en 1975, beaucoup de d ?tracteurs du mouvement pensaient que les Rastas ne feraient plus long feu. "On ne peut pas tuer Dieu", clam ?rent les fid ?les, "on ne peut pas changer la proph ?tie". On compte environ deux millions dadeptes ? travers le monde aujourdhui.

"Religion ? Ce nest pas de la religion... Cest la vie !"